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30.09.2006

Les esprits du Gabon

De l’objet sacré à l’œuvre d’art

            Inauguration la semaine dernière au Musée Dapper de l’exposition Gabon présence des esprits. Après un verre de champagne et quelques acras de crevettes, l’assistance se presse autour des cent trente objets évoquant le lien fondamental des ethnies de l’actuel Gabon avec les esprits de leurs morts. « Les artistes modernes n’ont rien inventé … » chuchote une vieille dame ; Stéphane Martin, président du Musée du Quai Branly, devise près des masques Fang tandis qu’un érudit disserte sur la stylisation des figures Mahongwe. J’ai l’oreille qui traîne ; à n’en pas douter, le regard des visiteurs sur ces pièces sculptées est avant tout d’ordre esthétique. Comment bien entendu ne pas être fascinée par la puissance, par l’expressivité profonde qui émanent de ces objets ? Pourtant, le titre même de l’exposition invite à ne pas oublier la fonction sacrée des masques blancs de kaolin, des instruments de musique, des figurines de divination, toujours en lien avec le monde surnaturel.

medium_dapper1.2.jpgDans ce vaste système de communication avec l’au-delà, la figure de reliquaire occupe une place prépondérante. Silhouette ou visage, elle couronne le réceptacle abritant les restes d’un ancêtre illustre ; elle est le gardien protecteur des reliques, qui veillent sur la descendance et transmettent à celle-ci la force des anciens. Chez les Kota, la figure de reliquaire prend souvent la forme d’un ovale de bois plaqué de cuivre ou de laiton, auréolé d’une sorte de coiffe, et surmontant un losange ajouré. Les traits du visage se réduisent à quelques formes géométriques, d’une beauté saisissante. Différente chez d’autres ethnies - plus naturaliste chez les Fang, plus stylisée chez les Sangu -, la figure frappe toujours par ses yeux. Yeux de métal, de bois, de boutons, de coquillages, ils observent le visiteur. Qui regarde qui ? Ces visages n’ont pas l’habitude d’être ainsi exposés, exhibés.

Les reliquaires de nos saints chrétiens sont faits pour être montrés : la richesse matérielle du contenant traduit aux yeux de tous la force spirituelle du contenu. Les reliques elles-mêmes doivent être visibles ; les statues-reliquaires fermées sont abandonnées après l’époque romane pour des châsses dotées d’ouvertures qui laissent apparaître les ossements sacrés. Il en va tout  autrement pour les ancêtres Fang ou Kota dont les restes sont soigneusement cachés dans leur boîte ou panier-reliquaire, gardés par la figure que nous admirons aujourd’hui ; l’ensemble n’est sorti que lors de certaines cérémonies, parfois même n’est visible que des seuls initiés.

Serait-il alors sacrilège d’exposer ainsi les reliquaires aux regards profanes, d’aller jusqu’à montrer sur un écran le contenu de certains d’entre eux, identifié par radiographie ? Non bien sûr ! La plupart des figures ont été désolidarisées du réceptacle qu’elles gardaient ; lorsque l’ensemble demeure, il a certainement été désacralisé avant de quitter la tribu, et parfois vidé. Mais un objet de culte, même « désaffecté », ne vaut pas que pour sa fonction esthétique ; il renferme à jamais la ferveur de celui qui l’a créé comme de ceux qui l’ont vénéré. L’éclairage quasi-magique des œuvres exposées par le Musée Dapper vient heureusement nous le rappeler ; certains objets projettent derrière eux une ombre superbe et mystérieuse : à n’en pas douter, les esprits sont bien là !

C.G.

Gabon présence des esprits

Musée Dapper - 35, rue Paul-Valery, Paris XVIe

Du 20 septembre 2006 au 22 juillet 2007

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