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25.04.2007
Surprenant Bastien-Lepage
Entre réalisme et impressionnisme![]()
Une espèce d'immense chromo ! Et une déception en proportion ... L'exposition Bastien-Lepage du musée d'Orsay commence plutôt mal, avec ce Chant du Printemps si mièvre, entouré d'oeuvres académiques que le peintre, entré premier à l'Ecole des Beaux Arts en 1868, présente chaque année au Salon où triompha son maître Cabanel.
Aurions-nous juste affaire à l'un de ces "salonnards" impénitents, à une époque où le talent est davantage du côté des refusés ? La vision serait simpliste et ces messieurs du Salon eux-mêmes ne s'y sont pas trompés. Aux peintures d'histoire, ils préfèrent de saisissants portraits de famille, et surtout les grands tableaux ruraux qui font rapidement la célébrité de Bastien-Lepage.
Devant les Foins, je suis d'emblée frappée par les verts splendides, que réveillent des bruns-rouges ; les couleurs impressionnistes ne sont pas loin. La précision est en revanche quasi-photographique, même si le réalisme - Zola voit en Bastien-Lepage l'héritier de Millet et Courbet - est mâtiné d'idéal champêtre. Bastien-Lepage poursuit ses portraits de gens du peuple à l'occasion de plusieurs séjours londoniens. Aux toiles rurales succèdent scènes de rue et représentations des petits métiers. Toujours le même naturalisme, mais le pathos manque de retenue.
Au Petit cireur de bottes, je préfère une merveille peu connue (impossible d'en trouver une reproduction sur le web !), la Chaîne (1882), venue du Musée des Beaux Arts de Tournai. Au pied d'un immense incendie, de petites silhouettes, dans l'ombre, forment une chaîne humaine, image dérisoire de solidarité face aux énormes flammes orangées qui occupent l'arrière-plan. Je ne serais pas surprise d'apprendre que Bastien-Lepage a eu l'occasion, lors d'un séjour à Londres, d'admirer les toiles de Turner consacrées à l'incendie du Parlement de 1834 ...
Parmi les dernières toiles de cette rétrospective, La Communiante, parfaitement symétrique, a quelque chose d'irréel, de fantomatique. Le catalogue évoque à son sujet Ingres et Holbein, j'y retrouve aussi les symbolistes ou encore les silhouettes blanches de Maurice Denis.
On l'imaginerait bien suivant l'Enterrement d'une jeune fille, dont l'exposition présente deux remarquables études au crayon. L'oeuvre, dont Bastien Lepage aurait fait le négatif de l' Enterrement à Ornans de Courbet, ne vit jamais le jour. Le peintre mourut à trente-six ans, à l'heure où triomphaient les impressionnistes.
C.G.
Jules BASTIEN-LEPAGE (1848 - 1884)
Paris, Musée d'Orsay. Du 6 mars au 13 mai 2007.
La Chanson du Printemps, 1874.
Huile sur toile, 148 * 100 cm. Verdun, Musée de la Princerie.
Les Foins, 1878.
Huile sur toile, 181 * 199 cm. Paris, Musée d'Orsay.
Saison d'octobre, récolte des pommes de terre, 1879.
Huile sur toile, 181 * 199 cm. Melbourne, National Gallery of Victoria.
Petit cireur de bottes, 1882.
Huile sur toile, 132 * 89 cm. Paris, Musée des Arts Décoratifs.
La Communiante, 1875.
Huile sur toile, 50 * 35 cm. Tournai, Musée des Beaux-Arts.
10:50 Publié dans Au fil des expos ... | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Bastien-Lepage, Cabanel, Caillebotte, Courbet, Denis, Millet, Musée d'Orsay
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Commentaires
Et bien voilà un peintre que je ne connaissais pas (ce qui normal vu mon inculture ) et que je découvre ! Merci
Ecrit par : Amaryllis | 26.04.2007
En allant visiter l’expo sur les peintres de Fontainebleau à Orsay, je suis tombé par hasard sur Bastien-Lepage que je ne connaissais pas.
Etrange peintre. Inclassable. Il connut les honneurs des Salons avant d’être vite oublié.
Proche de Millet et Courbet pour le naturalisme, Ingres pour son réalisme, il s’inspire des jeunes impressionnistes pour ses tons clairs. On sent également que la photographie naissante l’a fortement influencé.
Les personnages de ses « Foins » et de sa « Récolte de pommes de terre » nous interpellent sur la dure réalité des travaux de la terre. Le regard de cette femme écroulée sur le sol est si parlant…
Finalement, cet artiste m’a séduit. Dommage que sa vie se soit arrêtée trop tôt…
Ecrit par : Alain | 02.05.2007
moi qui ne connait pas du tout, voici un tres joli résumé sur ce peintre ! j'aime bien le tableau du cireur de botte, et cette femme assise à côté du dormeur...
Ecrit par : sav | 03.05.2007
Est-ce que vous avez vu l'exposition Léon Spilliaert à Orsay ?
C'est étonnant et magnifique.
Ecrit par : holb | 13.05.2007
L'expo Spilliaert est effectivement fascinante. Une note est en préparation ...
Ecrit par : Caroline | 14.05.2007
Très amicalement dit car votre site est excellent, faire le rapprochement entre"les foins" et "les raboteurs de parquet" au motif d'une ligne d'horizon similaire me semble un peu "tiré par les cheveux"
quant à l'aspect social de ces oeuvres, si de grâce, la sociologie et ses inévitables directeurs d'études au CNRS pouvaient se faire discrets lorsqu'il s'agit d'art, ne serions-nous pas gagnants?
Dommage de ne pas avoir comparé Bastien-Lepage à Emile Friant dont l'hyper-réalisme stupéfiant des oeuvres (vues au Musée de Nancy) sont à la limite du surréalisme.
Eric PIMONT
Ecrit par : pimont | 23.05.2007
j'ai eu cette chance de voir l'expo à ...Verdun et des couleurs dont on parle comme ces terres, la Meuse en regorge quant à rapprocher le peintre de Friant...la réalité vue par Bastien Lepage ne me semble pas aussi troublante que celle de Friant, presque photographique.
Ecrit par : patrick | 07.09.2007
Je ne connaissais pas ce peintre ...merci bien !
Ecrit par : Tietie007 | 19.09.2007
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