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Surprenant Bastien-Lepage - Entre réalisme et impressionnisme

Une espèce d'immense chromo !  Et une déception en proportion ... L'exposition Bastien-Lepage du musée d'Orsay commence plutôt mal, avec ce Chant du Printemps si mièvre, entouré d'oeuvres académiques que le peintre, entré premier à l'Ecole des Beaux Arts en 1868, présente chaque année au Salon où triompha son maître Cabanel.

Aurions-nous juste affaire à l'un de ces "salonnards" impénitents, à une époque où le talent est davantage du côté des refusés ? La vision serait simpliste et ces messieurs du Salon eux-mêmes ne s'y sont pas trompés. Aux peintures d'histoire, ils préfèrent de saisissants portraits de famille, et surtout les grands tableaux ruraux qui font rapidement la célébrité de Bastien-Lepage.
   
    
medium_bl_recolte.jpgDevant les Foins, je suis d'emblée frappée par les verts splendides, que réveillent des bruns-rouges ; les couleurs impressionnistes ne sont pas loin. La précision est en revanche quasi-photographique, même si le réalisme - Zola voit en Bastien-Lepage l'héritier de Millet et Courbet - est mâtiné d'idéal champêtre.


La faneuse assise dans l'herbe, comme hébétée de fatigue, est à peine décoiffée et sa jupe comme ses bas sont singulièrement propres. Entre son pied gauche et le soulier droit du dormeur, une boîte métallique prend, vue de loin, l'allure d'une palette. Clin d'oeil du peintre, rappelant au spectateur que ceci est avant tout une représentation, non pas un manifeste ou une recherche réaliste ?

Les Foins (1878) comme La Récolte de pommes de terre (1879) sont saisissants par leur ligne d'horizon très haute, qui renvoie aux Raboteurs de parquet (1875) de Caillebotte. Plus que dans le sujet lui-même, c'est dans la manière de l'aborder, dans ce cadrage inhabituel qui met le peintre et son spectateur au niveau du modèle, que réside l'aspect social de l'oeuvre.

     Bastien-Lepage poursuit ses portraits de gens du peuple à l'occasion de plusieurs séjours londoniens. Aux toiles rurales succèdent scènes de rue et représentations des petits métiers. Toujours le même naturalisme, mais le pathos manque de retenue. medium_bl_cireur_de_bottes.jpgAu Petit cireur de bottes, je préfère une merveille peu connue (impossible d'en trouver une reproduction sur le web !), la Chaîne (1882), venue du Musée des Beaux Arts de Tournai. Au pied d'un immense incendie, de petites silhouettes, dans l'ombre, forment une chaîne humaine, image dérisoire de solidarité face aux énormes flammes orangées qui occupent l'arrière-plan. Je ne serais pas surprise d'apprendre que Bastien-Lepage a eu l'occasion, lors d'un séjour à Londres, d'admirer les toiles de Turner consacrées à l'incendie du Parlement de 1834 ...

     Parmi les dernières toiles de cette rétrospective, La Communiante, parfaitement symétrique, a quelque chose d'irréel, de fantomatique. Le catalogue évoque à son sujet Ingres et Holbein, j'y retrouve aussi les symbolistes ou encore les silhouettes blanches de Maurice Denis.

On l'imaginerait bien suivant l'Enterrement d'une jeune fille, dont l'exposition présente deux remarquables études au crayon. L'oeuvre, dont Bastien Lepage aurait fait le négatif de l' Enterrement à Ornans de Courbet, ne vit jamais le jour. Le peintre mourut à trente-six ans, à l'heure où triomphaient les impressionnistes.

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