27.09.2006
Une surprise architecturale
Guimard au-delà de l'Art Nouveau
C’est une étroite maison à deux étages, cachée dans une impasse du XVIe arrondissement. La façade asymétrique est habillée de ciment blanc et rythmée par une alternance de stries horizontales. Un bow-window annonce le salon ; un vitrail géométrique surmonte la porte d’entrée. L’ensemble est sobre, moderne, harmonieux. A côté de la fenêtre du rez-de-chaussée, une inscription attire l’œil. C’est la signature de l’architecte : « Hector Guimard Archte 1922 ». Guimard ! Qu’on est loin des courbes tortueuses du Castel Béranger, des ferronneries compliquées des bouches de métro ! Ici, le décor est léger, discret, sur les fontes des balcons ou l’encadrement des portes. Le roi de l’Art Nouveau aurait-il renié volutes et arabesques ? Non, mais la Grande Guerre est passée par là, emportant dans son tourbillon la plupart des artisans et, avec eux, un savoir-faire irremplaçable. Qui, dans les années 20, saurait encore réaliser les ferronneries somptueuses d’un Castel Béranger ? Qui pourrait imprimer à la pierre autant de formes improbables ? Personne. L’architecte doit donc s’adapter…
La guerre qui prive Guimard d’artisans exceptionnels lui apporte en revanche une idée radicalement nouvelle : il a observé les premières constructions militaires démontables, il fera donc du préfabriqué. Non, Maison Phénix n’a rien inventé, dès 1920 Guimard se propose de travailler à un lotissement totalement pré-construit. Il dépose quantité de brevets, met au point un système standardisé permettant à des ouvriers sans qualification de monter l’ensemble d’une maison. Hélas, le petit hôtel du square Jasmin restera un prototype sans suite, fruit d’une utopie imposée par les circonstances.
Avant de s’exiler aux Etats-Unis, Guimard terminera sa vie parisienne à deux pas de son rêve préfabriqué. L’immeuble qu’il construit rue Henri-Heine est un patchwork singulièrement homogène : un rez-de-chaussée qui rappelle l'Art Nouveau, une toiture quasi-médiévale et entre les deux, des lignes Art déco. Pour unir les étages, des bandeaux de pierre donnent à l'immeuble un bel élan vertical. Comme un gigantesque ascenseur pour le paradis des architectes ...
C.G.
3, square Jasmin et 18, rue Henri Heine. Paris XVIe.
17:20 Publié dans Au fil de mes pas ... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Guimard, architecture, Art Nouveau, Art Déco